
Category Archives: Rediffusions
[Retour vers l'outback #13] A la courte page
(Dis, c’est quand qu’on repart, hein ?)
Long week-end ? Public holiday ? Vacances qui approchent ? Le rituel est immuable : en tailleur sur le canapé, Lonely Planet à la main, calepin mignon, stylos et surligneurs à foison, idées en pagaille et tonneaux de cidre à portée de gosier (faudrait voir à ne pas se déshydrater) (comment ça, le risque est moindre en plein hiver été pourri ?) (on est en Australie, tout de même, on n’est jamais trop prudents) (à ce propos, le Mad Brewers Fallen Apple Cyder est une véritable petite merveille) (fin du troupeau de parenthèses). Une nouvelle page de calepin, un joli titre souligné de près et les abréviations, annotations, post-It, points d’exclamations, astérisques et mesures kilométriques se succèdent, ordonnés et disciplinés.
[Retour vers l'outback #12] Variations autour d’un champignon
(Quelque part dans le brouillard, Katoomba Falls, NSW, 12-06-2011)
A la croisée de deux nappes de brouillard, entre kangourou et wallaby chien et loup, à quelques tâtonnements des Katoomba Falls, un mur de rochers se découpait, pigmenté de vapeur d’eau et de lichens orangés, à peine planté de quelques herbes frissonnantes. Entre deux flaques d’eau, en tendant un peu l’oreille, voilà quelques-unes des phrases qu’on aurait peut-être pu surprendre…
[Retour vers l'outback #11] Quoi ma boîte, qu’est-ce qu’elle a ma boîte ?
(Permettez donc que nous vous appelions Pigletr’. Ou bien encore Porcelettre, tiens)
La boite aux lettres australienne, pour peu qu’on s’éloigne des grandes villes, confine souvent à l’œuvre d’art, toute de récupération, de bricolage et d’imagination conçue. Les anciennes bonbonnes de gaz demeurent les vedettes incontestées, fleurissant à chaque intersection, dotées d’une petite porte ou simplement coupées en deux, parfois affublées de petites oreilles rose porcelet du plus bel effet. Les cabanes en bois rencontrent également un franc succès, brutes ou ornées de feuilles, de kangourous conceptuels à l’anatomie très personnelle, d’oiseaux ou de dessins d’enfants. Quelle que soit l’option choisie, elles se verront de toute façon bien vite festonnées de dentelle tissée aux pattes par une araignée attentionnée qui s’occupera également de la gestion du courrier. Gare aux rencontres imprévues au moment de récupérer les cartes postales de Tata Jeannette !
[Retour vers l'outback #10] Un petit caillou, un joli caillou
Il y a à Green Patch Beach, accroché tout à la pointe d’une microscopique plateforme qui s’avance vaillamment dans l’océan, un petit bout de rocher de rien du tout. Il n’y a pas là-bas de filao jovial ni eucalyptus majestueux, pas de banksia buissonnant gaillardement. L’eau n’y est même pas délicieusement douillette, non. Il n’y a que ce petit bout de rocher, ce petit bout de grès de rien du tout, posé là tout seul au milieu de tant d’autres.
[Retour vers l'outback #9] Dawn of the Ted
(Damned ! Me suis fait repérer !)
Il existe, entre Canberra et Bungendore, un petit bout de route étrange où les nounours règnent en maîtres. Pendus, cloués, collés ou accrochés en guirlandes aux eucalyptus, ils guettent les automobilistes, ricanant tout bas perchés là-haut dans les branches. Personne ne sait trop comment ni pourquoi ils se sont installés là, personne ne se souvient clairement de leur première apparition. Il se murmure qu’il ne fait pas bon emprunter cette route après minuit, que des voitures ont été retrouvées vides, le moteur encore chaud, des traces de minuscules pattes griffues tout autour des portières et quelques brins de fausse fourrure semés sur le tableau de bord.
[Retour vers l'outback #8] Coup de foudre à Broken Head
(Broken Head, VIC, 24-04-2011)
Il n’y avait eu besoin que de quelques centaines de mètres, deux petits kilomètres tout au plus, pour que le brouhaha de la foule et le ballet incessant des hélicoptères se dissolvent dans les ombres brumeuses du soleil couchant. Il n’y avait plus que nous, le promontoire étroit et sa rambarde patinée de sel, quelques oiseaux saluant de pépiements le retour du soleil, le murmure des feuilles agitées par le vent et le crissement de quelques grillons. Les vagues grondaient, toutes proches, se pressaient en gerbes infatigables au pied des falaises et peignaient gorges, arches et à-pics de cristaux de sels, de balafres liquides et de fumée écumante. En contrebas, quelques téméraires se mesuraient à l’océan, frissonnant sous les gifles d’eau glacée. La petite plateforme perchée demeurait nôtre, boudée par les amateurs de sensations fortes. Seuls le vent et quelques fourmis volantes, suivies de près par un honeyeater tout à la fois curieux et alléché, nous tenaient compagnie.
[Retour vers l'outback #7] Tianjara Falls
(Tianjara Falls, NSW, 21-05-2011)
Jamais droit au but n’ira, voilà qui pourrait bien finir par faire figure de devise officielle par chez nous…. Ces derniers mois nous l’ont appris, démontré, assené et répété sans relâche, détours et petites boucles qui frisent le long de routes ou de pistes peu usitées regorgent de trésors, pour peu qu’on sache se trainer d’un pas de sénateur rhumatisant ne pas filer réservoir à terre.
[Retour vers l'outback #6] Contes de la crypte tonique
(Par le pouvoir du
crâne cristal ancestral, je t’ordonne de disparaitre, Cave Monster !)
Dans les profondeurs des grottes de Jenolan vit une créature terrifiante, mi-homme mi-dragon, dont les petits yeux chafouins brillent de cruauté. Ce monstre sans guinaires (il les a perdues depuis fort longtemps, ses guinaires, et en reste inconsolable) aime rôder dans les souterrains et terroriser spéléologues et randonneurs, surgissant derrière eux dans un grand frottement d’oreilles. Las, stalactites et boîtes crâniennes ne goûtent guère ces distractions, jugées bien trop effrayantes. Les unes et les autres, de frayeur, s’en cassent qui la pointe, qui l’os en un grand cri strident, pour le plus grand plaisir de l’abominable homme des grottes.
[Retour vers l'outback #5] Secouez, secouez-moi !
Un petit matin frisquet et brumeux à la tea room. Vapeurs de café, mines pas très réveillées, mains serrées sur des tasses délicieusement bouillantes. A., le sourire jusqu’aux tympans, trépigne sur sa chaise et lance à qui veut l’entendre qu’il a « just bought a citron ». Murmures appréciateurs et hochements de tête complices. C’est qu’il en est ravi, de son citron, A. Il est même venu avec ce matin, s’empresse-t’il de préciser. Et d’ailleurs, tiens, toi, le Frenchie, tu ne veux pas y jeter un œil ? Parce que les citrons, ça te connait, non ? Pis, tu vas voir, c’est pas de la gnognote de citron, hein ! Ca, c’est même du citron de compétition, de quoi crâner des mois durant !
[Retour vers l'outback #4] Retour à Jervis Bay
La plage résonnait des éclats de rire ravis d’un petit garçon lancé hardiment à l’assaut de ses premières glissades. La planche, tirée tambour battant par un papa galopant, ébouriffait les vagues qui se perdaient en petits clapotis, mi-réprobateurs mi-attendris. Tout près, un petit fichu fleuri coiffait une petite mine décidée, presque ronchon, dont le froncement de sourcils traduisait le peu de cas que les petites jambes dodues faisaient de ces grains de sable qui se faufilaient désagréablement entre les orteils. Un peu plus loin, une bagarre de boules de sable faisait rage, un match de cricket de plage battait son plein et un cerf-volant flottait paresseusement, bercé par une brise plus discrète encore qu’un infime chuchotis. La plage tout entière barbotait, scintillante, dans une tendre atmosphère de fin d’été. Les feuilles du vieil eucalyptus frissonnaient de contentement, l’écorce elle-même semblait se défroisser sous la douce caresse des rayons du soleil. Elle s’était, cette année encore, installée à son pied, un petit sourire sur les lèvres, une main posée sur le tronc rugueux.