
On l’appelait Birdy
Garry se lève tous les matins dès potron-minet. Depuis des années. Depuis qu’il est revenu vivre à Hat Head. C’est qu’il était parti de son petit bout de plage au bord du monde, parti vivre à la capitale avec sa femme, perdu dans les brouillards hivernaux, parti surtout bien loin de la mer. Heureusement, il y avait les oiseaux, qu’il a alors commencé à photographier tant et plus.
Et puis, quand le petit groupe de cellules qui s’était follement emballé a eu raison des années de lutte qu’ils avaient mené à deux, quand il s’est brusquement retrouvé seul dans une maison qu’il ne reconnaissait plus, cerné par les échos de temps plus doux, il est revenu. Il a retrouvé la plage de son enfance, ses banksia, sa rivière aux berges piquetées de mousse et ses oiseaux. Comme un trait d’union entre ses vies. Entre Canberra et Hat Head, entre Rose et Sally.
Garry se lève tous les matins dès potron-minet. Depuis des années. Il nourrit les chiens, se prépare un café moulu de frais et s’installe sur le deck, pour saluer le petit matin pas encore né. Et puis il se rend sur la plage, comme un rendez-vous sans cesse renouvelé. Sally promène les chiens et lui retrouve ses oiseaux, ses buddies, ses pretty little fellows qu’il connait si bien. Eux aussi le connaissent, à n’en pas douter. Peut-être même l’attendent-ils ?
Garry se lève tous les matins dès potron-minet. Depuis des années. Pour profiter de sa plage et de ses oiseaux, de la lumière qui embrasse puis embrase les dunes, les vagues et les buissons bruissant de pépiements. Pour aussi rencontrer parfois, aux hasards d’un petit bout de sable, des campeurs qui se brossent les dents en admirant le lever de soleil sur la baie. Pour discuter avec eux d’endroits à visiter, d’oiseaux, de photos et de bribes de vie qui passe. Et puis aussi, de fil en aiguille, la montagne de sourcils qui frise et le coin de la bouche qui frémit dans un sourire, faire partager un peu de son savoir et de ses astuces, distillées avec autant de bonheur que d’éclats de rire.
Car Garry, tous les matins, triche un peu, comme il le dit lui-même. C’est que, contrairement à ses séjours dans le bush où il attend, campant des jours durant, que les oiseaux le retrouvent, sur sa plage, il n’a pas forcément toujours beaucoup de temps. Alors, dans le coffre du pick-up, il y a un poste de radio cabossé et dans sa poche, un lecteur MP3 qui regorge de chants d’oiseaux. Un tout petit objet perdu dans une grande main couturée de rides et de cicatrices. Un tout petit objet qui fait rire Garry aux éclats lorsqu’il cherche du bout du doigt quelle piste jouer. Un tout petit objet si facile à camoufler dans les hautes herbes avant de retourner s’installer tout au bord de son pied photo, le café à portée de main, l’œil et l’oreille aux aguets, pétillant de fierté contenue.
Et tous les matins, à peine la filouterie sifflotante installée bien à l’abri de ses hautes herbes, c’est en nuée qu’ils arrivent pour le saluer, les New Holland honeyeaters et les white-cheeked honeyeaters, les superb fairy-wrens mais aussi les variegated fairy-wrens et les splendid fairy-wrens, les brown thornbills, les white-browed scrubwrens avec leur petit air renfrogné si craquant et même parfois un regent bowerbird filant à tire-d’aile vers d’autres aventures. Et c’est alors un festival de mimiques interloquées, de numéros de charme, de chamailleries et pépiements outrés, chacun essayant de déterminer quel est ce drôle d’oiseau qui piaille, glousse et trille sans répit, se cachant fort impoliment à la vue de ses congénères.
Deux heures durant, un petit matin de septembre, alors que le soleil envahissait la plage et que l’air se débarrassait de ses brumes glacées, il n’y a plus eu au monde, sur les rives de la si jolie plage de Hat Head, que Garry, ses oiseaux et cette petite bulle faite de confidences et de partage, de rires et de photos. Deux numéros de téléphone et des adresses échangés, des sourires et des exclamations ravies en comparant des clichés, des petits coins de paradis soigneusement notés dans un coin de mémoire. Et un souvenir comme une immense bouffée de bonheur et de nostalgie, perdus quelque part tout au bord du bout du monde.
Garry se lève tous les matins dès potron-minet. Depuis des années. Et un jour, à nouveau, à l’orée d’un autre matin, nous le retrouverons sur sa plage pour quelques heures encore à l’écouter rire et raconter, le sourcil en bataille et l’œil pétillant de joie, entouré de ses oiseaux tant aimés.
La Grande Blonde et le Grand Brun ont encore frappé très fort, j’en suis toute émue. Merci.
Merci…
Un petit hommage au Grand Brun dans mon dernier post!!
Bisous les loulous et bon week end
Yep ! J’ai vu ca tout a l’heure et lui aussi, il etait fier comme un bar-tabac
Bon week-end a vous aussi, qu’on vous souhaite plus chaud et ensoleille qu’en ACT… On dirait qu’on est remontes dans l’Hemisphere Nord et qu’on attaque novembre. Argh !