
Gibraltar rocks !
(Gibraltar Rocks, ACT, 26-06-2011)
Ils nous avaient fait de l’œil dès notre première rencontre, ces immenses blocs éparpillés là, tout ébouriffés d’eucalyptus. Nous découvrions alors Tidbinbilla et chaque infime parcelle de la saisissante couronne de boulders constituant Gibraltar Rocks frétillait du feldspath, impatiente de nous voir délaisser les enclos de la réserve pour enfin nous lancer à l’assaut de ses contreforts granitiques.
Las ! les semaines passaient, les mois aussi et le château-fort de boulders se voyait reléguer aux calendes grecques, tout occupés que nous étions à courir de crique somptueusement minuscule en plus haut sommet australien et de vallées envoûtantes en chutes d’eau vertigineuses. Et puis, les courtes journées glacées ont rempli leur office, les grandes vadrouilles ont cédé, laissant de mauvaise grâce leur place aux petites balades.
Et c’est ainsi qu’un beau matin de juin, soigneusement emmitouflés, nous avons entrepris de slalomer entre les hordes de kangourous mâchonnant béatement une tige de graminée, le dos chauffé par un soleil qui perdait rapidement en timidité. Un flame robin nous observait et pépiait de rire difficilement contenu à nous découvrir si sûrs de notre souffle. Le sentier perdait en effet bien vite de son air timoré et dévoilait sans ambages un dénivelé des plus convaincants. C’est donc ahanant de concert, couverts de sueur et les jambes raides que les premiers boulders, goguenards, nous ont vu surgir de la forêt.
Encore un ou deux virages, quelques volées de marches de pierre et la couronne de boulders nous appartenait. La plaine se déroulait devant nos yeux, toute d’ocres, d’ors et de verts. Au loin, Canberra se laissait deviner, la silhouette de la Telstra Tower fièrement découpée sur un ciel de plumes et de duvets légers. Les télescopes du Mount Stromlo faisaient tournoyer leurs longs jupons au rythme du soleil. Le silence se parait d’un souffle de brise, d’un chant d’oiseaux murmuré d’arbre en arbre et de quelques craquements doux de branches d’eucalyptus. Il n’y avait plus ni heure ni jour. Il n’y avait plus rien que ce plancher de pierre piqueté de cristaux, plus que ce monumental plancher de pierre et la plaine immense s’étendant à ses pieds, entremêlant savamment prairies, bush, forêts et lacs jusqu’à l’horizon.
Quelques cliquetis de mousquetons, quelques pas de randonneurs accompagnés de cris d’enfants ravis de jouer à cache-cache entre les blocs rocheux et le silence s’envolait. Le temps reprenait ses droits, le soleil plongeait déjà vers l’ouest. Un dernier regard et le chemin du retour déroulait ses virages, laissant derrière lui la forteresse magnifique. Les kangourous avaient délaissé la sieste dans les hautes herbes et s’affairaient dans les prairies en contrebas, bien décidés à ne se coller sous la dent que la plus tendre des herbes. Thèse s’égaillait dans les grass trees et nous devions, afin de le voir réintégrer le sac à dos, lui promettre de revenir bientôt. Promesse qui sera à n’en pas douter tenue, ne serait-ce que pour tenter d’apercevoir les brush-tailed rock wallabies à la tombée de la nuit.
Superbes photos (le petit oiseau rouge, je voulais l’avoir)! C’est amusant nous étions aussi à Gilbraltar rocks… vous êtes de passage à Canberra ?
Merci ! Et bienvenue chez nous…
On habite a Canberra, on est arrives il y a presque un an (a la fin du mois), pour trois ans. De quoi se croiser sans doute regulierement sans le savoir (qui a dit que Canberra etait une toute petite ville ?), sur les sentiers ou ailleurs…