

Wiz a leaf
(L’anglais… Décidément encore et toujours une aventure !)
Un jeudi après-midi (ou peut-être un samedi) (ou un mardi, tiens) (après tout, qu’importe). Une chambre de culture. Intérieur jour. Des étagères sur roulettes, des néons partout et puis des boîtes aussi. Des tas de boîtes avec des graines qui poussent, qui poussent, qui poussent guili-guili. Du blé, de l’orge, du riz aussi. Et fort occupés à mesurer des jeunes plantules qui sortent à peine le bout de leur nez, blouse blanche et air concentré de rigueur, qui calepin, qui double-décimètre en main, deux collègues. Un Australien pur jus, pince-sans-rire comme ses Anglais d’ancêtres, tendance outback, grumpiness and Akubra. Et puis une Frenchie pur beurre, bavarde comme… d’habitude, tendance chaussures à paillettes, fleurs dans les cheveux et maladresse [Grumpiness aussi, d’ailleurs, mais chut !].
Ca mesure, ça mesure et ça note scrupuleusement, boîte après boîte, jour après jour. Chaque après-midi, à quinze heures pile, il faut venir saluer chacune des mille cinq cents petites plantes toutes neuves qui poussent, qui poussent, qui poussent guili-guili (comique de répétition, mon amour) et noter leurs progrès. Et il faut donc les mesurer, l’une après l’autre, ces petites plantes, selon un pas de danse rôdé depuis des lustres, un au double décimètre, l’autre à la feuille de notation. Rien d’insupportablement folichon, vous en conviendrez aisément. Et pourtant, ce jeudi (ou ce samedi ou ce mardi, tiens), du côté australien, ça glousse sous cape et ça ricane sous barbe. Ca glousse tellement que ça a bien du mal à prendre des mesures et ça finirait presque par en pleurer de rire… D’ailleurs, ça s’essuie les yeux du coin de la manche de blouse, dis donc.
La raison d’une telle hilarité ? Ce jeu/same/mar/di-là, les plantulettes mignonnes ont suffisamment poussé pour sortir, au moins en partie, leur première feuille (et croyez-le ou non, quand on est une plantule mignonne, sortir une première feuille, c’est un aussi grand événement qu’une première dent –chez les humains, hein… Parce qu’une première dent chez une plantule, ce serait, certes, un sacré événement mais ce serait surtout un peu scary). Et donc, en bons petits soldats, on note que Gaspard-le-grain-d’orge a une petite feuille qui sort mais que Germaine-la-graine-de-blé est encore presque chauve comme un caillou. Rien de très compliqué, donc. Rien de très propice au fou-rire non plus, d’ailleurs. Sauf que… Sauf que l’Australien tout grumpy en charge du double décimètre est tellement concentré sur ses mesures qu’il oublie neuf fois sur dix de préciser si feuille or not feuille. Et c’est tout de même un peu là the question, after all… Pour le coup, la Frenchie à chaussures à paillettes ponctue chaque mesure d’un « With a leaf? » de bon aloi.
Las, mille fois hélas… Le t et le h ne sont toujours pas ses amis, même après deux ans d’entraînement intensif. A tel point que le moindre petit th prend toujours des airs de piège à ours linguistique inextricable. Et forcément, ce qui devait arriver arriva : le « With a leaf? » n’a pas fait long feu, bien vite remplacé par son ennemi juré, le redoutable « Wiz a leaf? ». « Wiz a leaf? » qui s’avère du plus bel et efficace des effets, donc, sur des zygomatiques australiens légèrement intransigeants de la prononciation… D’autant plus diablement efficace qu’il s’associe à un non moins redoutable comique de répétition : pensez-donc, 1500 « wiz a leaf? » qui bondissent dans tous les sens et dans une pièce grande comme un demi-mouchoir de poche, ça en fait, du zygomatique chatouillé…
Ca renifle et ça pleurerait presque de rire du côté australien, du coup plus du tout grumpy. Du côté frenchie, ça rigole aussi mais ça rigole un brin vexé, tout de même. Et puis ça finit par se draper un peu dans son accent contrarié et ça assène un « Tsss ! Si tu continues, je ne dirais plus rien ! Plus rien du tout, tu m’entends, plus a single thing! ». Enfin, en théorie. Parce qu’en pratique, c’est plus un « a thingle sing », voire même un « zingle sing » qui a été asséné wiz ze French accent in ze text, please. De quoi nourrir encore un peu plus l’hilarité de l’Australien qui, pour le coup, sanglote littéralement de rire.
Caramba… Encore raté ! C’est pas demain la veille qu’on sera totally fluent, apparently!
Mdr!
Belle histoire encore une fois…
Merci
je me fais pas très présente, m’enfin pardonnez-moi chers chercheurs d’oz ! cependant j’aime, que dis-je j’adore toujours autant lire, le style est tout simplement exquis ! mais cette histoire d’australien pur jus moqueur me fait froid dans le dos … je reproche déjà à mon cher et tendre (français pur beurre) de se moquer de moi à chaque fois que diable je tente de parler anglais, si même les natifs anglophones s’y mettent, je ne suis pas prête de parler fluently … et ça n’arrange pas mes affaires … pour la peine, je retourne voir un épisode VOSTFR de True Blood
Hehe, merci !
Pas d’inquietudes pour l’Australien pur jus, celui-ci est un modele unique… F*ckin annoying mais en meme temps rudement utile pour ameliorer son anglais (et diversifier son vocabulaire de jurons, aussi…)